Microbiote buccal et rectocolite hémorragique (RCH) : un lien clé dans l’équilibre inflammatoire
Longtemps considérée comme indépendante du reste de l’organisme, la sphère bucco-dentaire est aujourd’hui reconnue comme un acteur central de la santé globale. Au cœur de cette évolution : le microbiote. Si le microbiote intestinal est largement étudié dans les maladies inflammatoires chroniques, notamment la rectocolite hémorragique (RCH), le rôle du microbiote buccal suscite un intérêt croissant. En tant que premier carrefour microbien de l’organisme, la cavité orale pourrait jouer un rôle déterminant, notamment comme facteur contributif ou aggravant dans certaines pathologies systémiques.
La rectocolite hémorragique : une maladie multifactorielle où le microbiote joue un rôle clé
La rectocolite hémorragique (RCH) appartient au groupe des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). Elle se caractérise par une inflammation continue de la muqueuse du côlon et du rectum, évoluant par poussées. Son origine repose sur une interaction complexe entre prédisposition génétique, réponse immunitaire dysrégulée et facteurs environnementaux.
Parmi ces facteurs, le microbiote intestinal occupe une place centrale. Une altération de sa composition, appelée dysbiose, est fréquemment observée chez les patients atteints de RCH. Cette dysbiose entraîne une perte de diversité bactérienne et une augmentation de bactéries pro-inflammatoires, favorisant un état inflammatoire chronique.
Le microbiote buccal : un écosystème complexe et stratégique
La cavité buccale abrite l’un des microbiotes les plus riches de l’organisme, avec plus de 700 espèces bactériennes. Le microbiote buccal joue un rôle essentiel dans la protection contre les agents pathogènes et le maintien de l’équilibre biologique.
Cependant, cet équilibre peut être perturbé. En cas de maladie parodontale, une dysbiose buccale s’installe, caractérisée par une augmentation de bactéries pathogènes et une inflammation locale. Cette situation ne reste pas limitée à la bouche : elle peut entraîner des effets à distance via la diffusion de bactéries et de médiateurs inflammatoires dans l’organisme.
Axe bouche–intestin : un lien biologique direct
Le concept d’axe bouche–intestin met en évidence les interactions étroites entre ces deux écosystèmes. Chaque jour, des milliards de bactéries issues de la cavité buccale sont dégluties et transitent vers le tube digestif.
En situation normale, ces bactéries sont contrôlées. Mais en cas de dysbiose buccale, certaines espèces peuvent survivre, coloniser l’intestin et perturber le microbiote intestinal.
Des recherches récentes montrent que des bactéries associées à la parodontite peuvent être retrouvées dans l’intestin de patients atteints de MICI, dont la rectocolite hémorragique. Ces bactéries participent à l’activation du système immunitaire et à l’entretien de l’inflammation chronique.
Par ailleurs, la parodontite génère une inflammation systémique de bas grade, capable d’influencer d’autres organes à distance, notamment l’intestin.
Microbiote buccal et RCH : un facteur contributif à considérer
De nombreuses études mettent en évidence une association entre maladies parodontales et maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Les patients atteints de rectocolite hémorragique présentent plus fréquemment une dysbiose buccale et des signes de parodontite.
Certaines bactéries buccales ont été identifiées dans l’intestin de patients atteints de RCH. Ces micro-organismes sont connus pour leur capacité à favoriser un environnement pro-inflammatoire et à moduler la réponse immunitaire.
Ainsi, le microbiote buccal ne constitue pas la cause unique de la RCH, mais il peut représenter un facteur aggravant, participant à l’intensité de l’inflammation et à l’évolution de la maladie.
La parodontie médicale : une approche globale et préventive
Dans ce contexte, la prise en charge des maladies parodontales s’inscrit dans une vision élargie de la médecine intégrative. La parodontie médicale vise à restaurer l’équilibre du microbiote et à réduire la charge inflammatoire globale.
Les approches modernes, notamment non invasives, permettent de cibler les bactéries pathogènes tout en respectant l’équilibre de l’écosystème buccal. Cette stratégie contribue à limiter les effets systémiques liés à la dysbiose.
Chez les patients atteints de rectocolite hémorragique, intégrer la santé bucco-dentaire dans le parcours de soins peut représenter un levier complémentaire dans la gestion de la maladie.